A-WA au Petit Bain

A-WA au Petit Bain

Non, ce n’est pas U2 qui attiré Meydane aux les alentours de Bercy hier, mais une petite salle, sur une péniche, en sous-sol, à l’abris de la foule… A-WA se produisait mercredi soir au Petit-Bain : Meydane y était, et on a adoré !

A-WA, ce sont trois soeurs, d’origine israélienne, qui mixent chants traditionnels, hip-hop, electro et folk dans des chansons sur lesquelles tu n’as d’autre choix que de te déhancher. Leurs grands-parents, juifs originaires du Yémen, leur ont légué cet amour de la culture yéménite, pour notre plus grand plaisir. Trois voix aussi belles les unes que les autres : Tagel a un timbre d’un autre temps, Tair nous offre des vibratos à couper le souffle, et avec Liron elles créent une harmonie vocale enivrante. Leur moto pendant ce concert : « Let’s celebrate the freedom of the hippies ! ». Pourquoi ? On ne sait pas… Un slogan désuet et qui pourtant nous a charmé.

Les trois soeurs chantent ensemble depuis toujours, mais elles ont commencé à se faire connaître avec ce titre, que vous avez peut-être déjà entendu :

Forcément, c’est le morceau qu’on attendait le plus. Forcément, c’est celui qui est arrivé à la fin. Et découvrir le reste de leur oeuvre nous a permis de nous plonger dans le monde A-WA… Monde fait de robes orientales portées avec des Converses, de violons traditionnels accompagnant le synthé, de danseurs de dabkeh en ensemble de jogging Adidas bleu, de hip-hop dansé sur des rythmes traditionnels. Un univers totalement décalé et tellement enivrant qu’on s’est laissé transporté vers un horizon musical nouveau.

Vu leur progression dans les charts, on vous conseille vivement d’aller les voir avant que leur notoriété ne corrompe cette proximité avec le public, qui nous a emmenée danser avec elles sur la scène.

Notre moment préféré : leur rappel accapela qui nous a donné le spectacle flagrant de leur complicité de soeurs… Trop occupés à se danser pour les filmer, on vous partage quand même une vidéo à titre d’exemple de ce que leurs voix peuvent produire : 

Nous, on dit eywa !

Camille S.

« Rita et le fusil » (ريتا و البندقية)

Marcel Khalifé (1950, Amchit, Mont-Liban) est un compositeur, chanteur et oudiste libanais, particulièrement connu pour ses interprétations de poèmes de Mahmoud Darwish, palestinien et figure incontournable de la poésie arabe contemporaine.
Parmi ses interprétations,  » Rita et le fusil  » (ريتا و البندقية) est sûrement l’une des plus poignantes : le poème revient sur l’histoire d’amour (tragique?) qu’aurait vécu le jeune Darwish, musulman palestinien, avec Rita, une juive israëlienne…

« Entre Rita et mes yeux, un fusil
Et celui qui connaît Rita se prosterne
Et adresse une prière
à la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel
Moi, j’ai embrassé Rita
quand elle était petite
Je me rappelle comment elle se colla contre moi
Et de sa plus belle tresse couvrit mon bras
Et moi, je me rappelle Rita
Ainsi qu’un moineau se rappelle son étang
Ah Rita!
Entre nous, mille oiseaux, mille images
D’innombrables rendez-vous
criblés de balles par un fusil
Le nom de Rita prenait dans ma bouche un goût de fête
Le corps de Rita dans mon sang était célébration de noces
Et deux ans durant, je me suis perdue dans Rita
Et deux ans durant, Rita a dormi sur mon bras
Nous prêtâmes serment
autour du plus beau calice, nous brulâmes
dans le vin de (nos) lèvres
et nous ressuscitâmes.
Ah Rita!
Qu’est-ce qui aurait pu éloigner mes yeux des tiens,
Hormis le sommeil
et les nuages couleur de miel,
avant ce fusil ?
Il était une fois
Ô silence du crépuscule
Au matin, ma lune a émigré, loin
dans ces yeux couleur de miel
Et la ville
a balayé tous les aèdes…et Rita.
Entre Rita et mes yeux, un fusil. »

Kenza Sahbaoui