Much Loved le mal-aimé

Much Loved le mal-aimé

En septembre 2015 est officiellement sorti dans les salles de cinéma françaises le -très polémique- film « Much loved » (Zine lli fik en arabe). Réalisé par le franco-marocain Nabil Ayouch, il suit le quotidien de quatre prostituées à Marrakech entre rires, violence, tendresse et humiliation.

Depuis plusieurs mois déjà, ce film fait couler beaucoup d’encre, qu’il s’agisse de campagnes de soutien et de bashing sur les réseaux sociaux, de menaces de mort, ou de censure. Le Ministre de la Communication a en effet décidé d’interdire sa diffusion au Maroc pour « outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et atteinte flagrante à l’image du Maroc », le tout sans passer par les voies légales prévues à cet effet selon le réalisateur et ses avocats.

Certes, le langage y est encore plus cru que ce que la traduction laisse entendre. Certes, le malaise est palpable lors de certaines scènes où chair, insultes et drogues sont exposées sans filtre. Mais le cinéma marocain a déjà produit des films réunissant tous ces ingrédients, sans pour autant susciter de réactions aussi passionnées : qu’est-ce qui dérange tant ?

Nabil Ayouch a utilement précisé que cette polémique ne dessinait pas, comme on pourrait l’imaginer, un Maroc scindé entre élites bourgeoises et couches populaires, ni entre arabophones et francophones, ni même entre religieux et laïcs.
Quoi qu’il en soit, il reste difficile de ressortir de la salle sans éprouver, si ce n’est un sentiment de solidarité, au moins de la compassion envers ces jeunes filles qui ne sont plus considérées, ni comme pleinement citoyennes, ni comme membres de leur famille à part entière.

Dans une société où les apparences et les qu’en dira-t-on comptent souvent plus que l’amère réalité sociale, où le « qui? » vient parfois avant le « quoi ? », ce film a certainement eu le mérite de jeter un pavé dans la marre ce qui, espérons-le, enclenchera débats apaisés et propositions politiques sur le long terme.

Kenza S.